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Chaque trimestre, un nouvel auteur : Kazuo Ishiguro

Posté le mercredi 02 août 2006 à 08:50 PM

C'est le rythme que je tiens plus ou moins, tout dépend bien entendu de mes finances et du caractère prolifique - ou non - de ce dernier. Et pour mon coup de coeur actuel, je dois remercier ma mère de m'avoir prêté l'édition française de Never Let Me Go, Auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro.

Décrié comme une nouvelle un peu trop longue d'une part, approuvée par la critique et les lecteurs de l'autre, c'est un texte assez intriguant qui tourne autour de l'un des fantasmes récurrents de nos générations, le clonage. Si des cellules souches cultivées pour pallier à une défaillance d'une partie vivant d'un humain, l'on venait faire naître des enfants qui serviraient la science et la vie d'une part, tout en y laissant la leur ?

Contrairement aux autres livres sur ce thème, la science fiction n'est présente que dans l'intrigue. Pas de délires technologiques ou scientifiques dans tous les sens, mais au contraire une analyse posée du vécu de l'enfance à l'âge adulte d'un personnage victime. D'un enfant nourri à coup de rumeurs, qui en apprend chaque jour un peu plus sur sa condition, à moitié par déductions, à moitiée par constat, on passe à un adulte totalement impliqué dans le système.

Sentiments, relations avec le reste du monde, à l'énoncé de ces derniers on se rend compte que le côté surréaliste de l'histoire pourrait tout à fait être levé. Voir même être remplacé par un problème plus actuel, disons, celui de l'import de populations. Mais comme d'habitude, le lecteur est libre dans ses comparaisons.

Je n'ai eu pour ce livre que la traduction de Anne Rabinovitch et il m'est impossible de pouvoir parler de la version originale. Cependant, ça me semble un investissement sûr. Ravivé par cette nouvelle experience, et après plusieurs mois à lire la quasi-totale biographie de Paul Auster, j'ai profité d'un petit passage à la Hauptbahnhöf de Cologne pour acheter un autre livre, mais cette fois en version originale. Le rayon français était presque aussi large que l'anglais, mais l'étalage n'était pas tellement attrayant. Surtout comparé à ce livre que je convoitais.

Quelques minutes après, me voilà en compagnie de The Remains Of The Day (Les vestiges du jour), toujours du même auteur.

Et là, on peut vraiment parler de mise à niveau du contexte lexical - la grammaire n'étant pas en reste - si vous désirez rafraîchir et pratiquer vos formules de politesse britanniques. Le thème principal du texte, cette fois, sera la dignité d'un personnage. Plus précisément, comment peut-on définir la dignité pour un maître d'hôtel ?

La route qui guide le roman est cette fois non pas la vie du narrateur, mais le récit d'un voyage qu'il entreprend dans la campagne anglaise pour aller rencontrer une ancienne collègue de travail. Mais c'est un leur, le maître d'hôtel tentera de construire sur les 200 pages restantes le tableau de ses nombreuses années de services.

Respect des traditions, des castes, car c'est un maître d'hôtel, et il ne prétend pas être ni plus ni moins, en pantin de l'Histoire il défendra ses actions. Bien entendu, il ne pouvait rien faire sinon convoyer l'ordre de renvoyer les servantes juives quand il n'était pas de bon ton d'en avoir sous son toit. Bien évidemment, son employeur, par sa position sociale - Lord - était à la hauteur de toutes les affaires du monde pendant les années 30.

Convaincu et obsédé par une seule chose, la qualité de son service, tout en analysant en permanence son niveau de dignité, ces ragots récurrents deviendrait lassant si ils n'étaient pas correctement mélangés avec le cours de l'Histoire, quelques personnages historiques, et le présent, associé au voyage dans le pays et les rencontres avec les habitants normaux.

D'un point de vue complètement technique, totalement dissocié de l'intrigue et des messages, les tournures de phrases et la chronologie des formules de politesse dans chaque dialogue sont à elles seules une raison valable de lire l'ouvrage. Personnellement, j'ai adoré. Dommage de n'avoir aucun Anglais sous la main pour le soumettre à une petite séance de torture et bienséance linguistique...

Pour la suite, je viens de débuter la lecture de The Unconsoled et garde An Artist of the Floating World à proximité.

J'en profite d'ailleurs pour tirer mon chapeau à Faber & Faber pour les couvertures des éditions poches récentes (celles qui sont liées depuis de billet) que je trouve jolies et harmonieuses.

Un billet que j'ai bien aimé sur Never Let Me Go : The Naked Gaze - Never Let Me Go (Clones),

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