Sous les briques, le soleil

La bureaucratie de la santé numérique en France

December 23, 2010 6:20 PM

Ce billet date de 2010. Certains détails ont changé. L’essentiel, non.

Vous avez une idée géniale pour les professionnels de santé. Un outil qui pourrait vraiment aider les patients. Félicitations. Maintenant, bienvenue dans l’enfer administratif français.

Ce qui vous attend

Pour manipuler des données de santé, vous devrez signer des agréments. Plusieurs. Le CNDA, le GIE Sesam-Vitale, l’ASIP Santé. Chacun avec ses formulaires, ses délais, ses cautions. Vous n’aurez accès à la documentation technique qu’après signature.

La documentation ? Environ 6000 pages de PDF. Lisez tout. Les informations critiques sont cachées entre deux paragraphes anodins, dans des annexes que personne ne lit.

Si vous croisez un tableau de plusieurs centaines de lignes dans un PDF, ne tentez pas le copier-coller. Ça ne marchera pas. Et personne ne vous donnera de version exploitable. Recopiez à la main. Une erreur de virgule dans un taux de remboursement peut avoir des conséquences graves.

Les échanges de données entre acteurs de santé utilisent NOEMIE, un protocole hérité du COBOL. Prévoyez un module de conversion. JSON et XML restent dans votre réseau local.

L’hébergement

Pour héberger des données de santé, il faut un agrément spécifique. Comptez des tarifs 3 à 10 fois supérieurs au marché classique. Oubliez le cloud mutualisé—vos serveurs doivent être physiquement dédiés.

Beaucoup de projets meurent ici. Le business model qui fonctionnait sur le papier ne survit pas au coût réel de l’hébergement agréé.

Pourquoi c’est comme ça

Ce n’est pas inutile. Ces procédures protègent les droits des patients. Le problème n’est pas leur existence, c’est leur organisation. Des technologies obsolètes imposées par des textes qui n’évoluent pas. Des entités qui ne se parlent pas. Des délais incompatibles avec les cycles de développement modernes.

Mon conseil

Ne laissez pas la masse administrative vous étouffer. Si les coûts d’exploitation sont trop élevés pour votre marché français, n’oubliez pas qu’il existe d’autres pays. Parfois, la meilleure façon de changer un système, c’est de prouver que ça marche ailleurs.